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Affaire Shakira : une véritable tragédie

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Emotion et gravité baignent depuis hier matin dans le procès de Jacqueline WILSON, épouse DATIL.La jeune femme de 33 ans est poursuivie pour avoir exercé des violences qui ont entrainé la mort, sans intention de la donner, de sa belle-fille le 9 mars 2015 à Morne-à-l'Eau.La 1ère des deux journées de son procès a été consacrée à évoquer sa personnalité, dresser son portrait, entendre les experts et les témoins mais également écouter l'accusée s'exprimer sur les faits.
Une tragédie qui a ému toute l'assistance, y compris le jury de la cour d'assises composée de 7 femmes et 2 hommes.
Pour les Parties Civiles, les faits sont graves mais il n'y a pas de raison pour autant d'accabler l'accusée.
Du côté de la défense, même finesse d'esprit même si l'on estime, et probablement avec justesse, que les torts sont partagés dans ce drame qui affecte profondément 2 familles meurtries.
Hier, lors de son audition, Jacqueline WILSON-DATIL a raconté son accouchement en prison, dans sa cellule, sans assistance.
Un moment qu'elle n'est pas prête d'oublier : la naissance de son fils qui a été placé dans une famille d'accueil, après sa naissance, avant de retrouver son père qui en a la garde aujourd'hui... en attendant que sa mère recouvre la liberté.
La parole libérée
Jacqueline WILSON-DATIL a décidé de parler. La jeune mère de 3 enfants, âgée seulement de 33 ans, qui a déjà purgé 25 mois en prison, là même où elle a accouché de son dernier né, qu'elle n'a jamais pu allaiter, sait qu'il faut qu'elle libère la parole si elle veut recouvrir la liberté. 
Elle doit des réponses aux nombreuses questions qui se posent sur les raisons qui ont motivé ses actes.
Elle doit éclairer l'accusation si elle veut éviter de trop lourdes réquisitions, comme elle doit aussi rassurer les 9 membres du jury sur sa capacité à redevenir une mère aimante si elle veut les atteindre dans leur sensibilité.
Un jury dans lequel on retrouve 7 femmes qui savent ce que c'est que d'être mères et dont certaines, probablement, n'ont pas toujours connu une vie sans épines. 
L'accusée reconnaît les faits, mesure leur gravité et assume sa responsabilité.
Mais elle traduit, aussi, dans ses propos, une souffrance terrible marquée par une solitude coupable, abandonnée par celui là même qui lui devait protection et confiance.
Hier soir, lors de son rapport, l'expert psychologue est venu expliquer , à la barre, la traduction du geste de colère de Jacqueline WILSON-DATIL. Un geste pour libérer toutes les souffrances qu'elle accumulait depuis des années, toutes les contraintes qui s'alourdissaient de jour en jour, et qu'elle a déchargé sur l'enfant, un enfant bien qu'il ne soit pas le sien, qui lui portait le plus d'affection et d'attention.
Ils étaient nombreux, hier soir, avant que l'audience ne soit levée et qu'elle regagne sa cellule dans le quartier des femmes du Centre Pénitentiaire de Baie-Mahault, à penser qu'elle n'a pas su trouver l'équilibre dont elle avait besoin.
Elle le voulait... mais le pouvait-elle, seulement ?
 
( Pierre EMMANUEL pour Guadeloype Justice )